THÉÂTRE

La Nuit juste avant les forêts

Bernard-Marie Koltès / Romain Duris / Patrice Chéreau / Thierry Thieû Niang

Création 2010 Collectif artistique

© Pascal Victor

« Un homme tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers. Une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner… »
Bernard-Marie Koltès

« Lorsque Bernard-Marie Koltès est venu me voir la toute première fois, en décembre 1979, il avait apporté avec lui deux textes : La Nuit juste avant les forêts et Combat de nègre et de chiens. Je n’ai pas compris le premier et je me suis concentré sur le second que j’ai eu envie de monter. Là non plus sans tout à fait comprendre, mais il y avait dans ce second texte des situations, des personnages, une langue, il ne se présentait pas, contrairement au premier, sous la forme intimidante d’une grande phrase unique de vingt-cinq pages qui ne me donnait aucune porte pour y entrer, pas une fenêtre, pas un soupirail pour regarder à l’intérieur.
Aujourd’hui, avec Thierry Thieû Niang et Romain Duris, nous travaillons ce texte. J’ouvre la première édition parue quelques années plus tard aux Éditions de Minuit, sur la page de garde, une dédicace de Bernard à laquelle je n’avais pas prêté attention : “À Patrice, mes premières mille et une nuits, Bernard.”
Pour cet homme qui nous parle, la mort est au bout du chemin, sous les apparences de ces “loubards sapés” qui ont fini par lui casser la gueule ; que pour la retarder, cette mort, il lui faut raconter, raconter encore et encore à ce garçon auquel il s’adresse, ajouter une histoire après l’autre, “le retenir par tous les mots qu’il peut trouver” dit ailleurs Koltès, conte après conte, mille et une fois, dans une rhapsodie vertigineuse. “Il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, un enfant peut-être, silencieux, immobile.” Et que cet homme, là, qui parle si obsessionnellement à cet enfant à peine entrevu, parviendrait ainsi à retarder sa mort, qu’il ait enfin pu lui prendre le bras, avant que la fureur des coups reçus ne le fasse basculer de l’autre côté ; et puis, toujours, “la pluie la pluie la pluie” ? »
Patrice Chéreau

DISTRIBUTION


Texte Bernard-Marie Koltès
Mise en scène Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang

Avec Romain Duris

Costumes Caroline de Vivaise
Lumière Bertrand Couderc

Production La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche
Coproduction Centre National de Création et de Diffusion Culturelles de Châteauvallon dans le cadre d’une résidence de création ; Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre
Le spectacle a été présenté à l’automne 2010 dans le cadre du cycle « Le Louvre invite Patrice Chéreau »