Le blog de l'éducation artistique

Entretien avec Benjamin Villemagne, metteur en scène de #VÉRITÉ

10. janvier 2017 - Entretiens, Les Controverses, L'éducation artistique

Le 05 janvier 2017, dans le cadre d’un atelier encadré par Mireille Rossi, journaliste, Nathalie Dubonnet, professeure et Katia Spirli-Grand, documentaliste, les élèves membres de la rédaction de l’Innommable le journal du lycée Camille Vernet à Valence ont assisté à une répétition de #VÉRITÉ et rencontré Benjamin Villemagne, co-metteur en scène et co-auteur de la pièce.

Suite à la mise en commun des travaux réalisés à partir de cet entretien, les élèves ont écrit un article pour le programme de salle du spectacle, repris dans l'Innommable.

Vous pouvez consultez les articles originaux de Tristan Ingrao et Laury Blachon, Mia Borel, Samuel Conjard, Amélie Marmonnier, Léon Grandvoinet et Thibault Rolland ici.

Benjamin Villemagne face aux interviewers sur les bancs de La Fabrique
Cécile Chansard, Clément Rousseaux, créateur son et Benoit Bregeault, programmeur et...
Benjamin Villemagne, metteur en scène et auteur de #VÉRITÉ
Clément Rousseaux, créateur son et Benoit Bregeault, programmeur et comédien
Benjamin Villemagne et les lycéens reporters sur les bancs de La Fabrique
Hadrien Mekki, Benjamin Villemagne, Benoit Bregeault… et leur chat
Le Club l’Innommable et l’équipe du spectacle sur les bancs de La Fabrique
Benoit Bregeault, comédien et programmeur

ENTRETIEN AVEC BENJAMIN VILLEMAGNE, AUTEUR ET METTEUR EN SCÈNE

Benjamin Villemagne, mais pourquoi les chats ?!

Parce que pour moi, ça part d’un sujet anodin et permet de parler de choses peu anodines. Et ça évite de stigmatiser une population ou une religion, dans une époque où on est déjà beaucoup dans la stigmatisation. Nous, on s’acharne juste sur les chats (rires). Mais on ne maltraite pas d’animaux pendant le spectacle ! (…) Ce que nous souhaitons, c’est parler de la manipulation. Qui la produit, et comment on la produit. Le web est le royaume du détournement, mais il n’y a pas que le web ! La télévision, les images, les blogs avec du contenu écrit…

Êtes-vous sensible à une théorie du complot ?

Non, je ne crois pas à une théorie en particulier... En réalité le seul vrai gros complot qui existe c’est l’argent et c’est très difficile d’en sortir, de fonctionner sans, la mécanique est trop complexe et vaste.

Selon vous à quoi servent ces théories ?

Ce sont les nouvelles histoires que les gens aiment se raconter pour avoir peur : les Francs-maçons, les Illuminati… On adore ça, en fait, se faire peur, croire qu’on pourrait être dirigés par des lézards etc. Je connais plein de gens qui sont persuadés qu’on est sous le contrôle des Illuminati ! Ou qui croient au complot des chemtrails.

Vous avez décidé de vous adresser à un public de lycéens, pour quelle raison ?

En fait on avait l’idée avec Yann Métivier de faire ce genre de spectacle dans des salles de classe, avec un faux conférencier, un faux inspecteur d’Académie… Christophe Floderer (directeur délégué de La Comédie de Valence) a eu vent du projet et nous a contactés. Nous avons donc choisi de réadapter cette idée à une salle de spectacle. Ça nous donne plus de libertés techniques, tout en conservant l’idée de construire et déconstruire la théorie du complot.

Sont-ils plus sensibles à la question ?

Nous avons passé une semaine en décembre avec les classes de troisième du collège de Saint-Rambert-d’Albon dans le cadre de la résidence. On les a fait travailler sur leur rapport à ce qu’ils voyaient sur le Net et comment ils l’analysaient. On leur a demandé de produire des vidéos complotistes, ou bien de réagir à une théorie du complot trouvée sur le web. Ou bien encore à laquelle leurs parents croient et pas eux. Les jeunes sont bien moins crédules que ce que les adultes imaginent. On imagine que les enfants sont victimes et fragiles, mais contrairement à nous, ils ont bien compris comment ça fonctionne et intégré les valeurs d’internet. Les Illuminati, les reptiliens, la dame Blanche… ça pourrait être drôle, car on aime se faire peur, le problème c’est que la théorie du complot amène à détester les autres et à diviser.

Comment avez-vous intégré le web sur scène ?

Hadrien Mekki (comédien) procède à une navigation en direct, il passe de site en site, sous les yeux des spectateurs, grâce à la retransmission sur grand écran des pages web qu’il visite. C’est un peu comme un montage en direct. Même si tout est scénarisé à l’avance. Ce qui me plaît c’est de montrer qu’internet est un nouveau langage, une nouvelle manière de communiquer. De montrer aussi comment se construisent les images, et comment on peut les manipuler. J’aime bien l’aspect presque artisanal, l’idée que ce soit fait devant les yeux du public.

Y a-t-il des difficultés particulières liées cette forme théâtrale ?

Les difficultés sont plutôt d’ordre technique, technologique. Benoit Bregeault par exemple doit travailler sur des lignes de codes, il a dû créer tout un logiciel capable de retraiter les données en direct. Car tout au long du spectacle nous allons poser des questions aux spectateurs qui pourront répondre grâce à leur téléphone portable. Si je ne me fais pas de souci pour la jeune génération, je m’interroge davantage pour ceux qui ont l’habitude d’un théâtre plus conventionnel, car ce spectacle n’est pas classique. Il change des codes habituels. Certains pourraient penser que ce n’est pas du théâtre mais pourtant tout est scénarisé. Même s’il y a une grande part d’interactivité, il n’y a pas vraiment d’improvisation.

Et au fait, vous avez un chat ?

Non, je n’ai pas de chat mais je sens qu’ici des gens en ont et ça me gêne… D’ailleurs je vais me reculer un peu… (rires).

Propos recueillis par Thibault, Samuel, Océane, Mia, Amandine, Aude, Jeanne, Amélie, Laury, Léon, Tristan et Timothée, membres de l’Innommable, journal du lycée Camille-Vernet

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