Le blog de l'éducation artistique

Compte-rendu de résidence par Sylvain Barthélémy, professeur au collège du Vivarais

16. janvier 2017 - Les Controverses, L'éducation artistique

Dans le cadre de la Controverse Prouve-le créée du 13 au 17 mars à la Fabrique, Maïanne Barthès metteure en scène, Lucie Vérot auteure, Simon Alopé et Charlotte Ramond comédiens, ont été en résidence au Collège du Vivarais à Lamastre du 12 au 16 décembre 2016. Sylvain Barthélémy, professeur de français des classes de 6e A et B qui ont travaillé avec l'équipe artistique pendant une semaine, raconte.

Les élèves en atelier
Les élèves en atelier
Les élèves en atelier
Les élèves en atelier
Sortie de résidence
Julie Pradera, Héloïse Grammont, Maïanne Barthès, Charlotte Ramond, Lucie Vérot et Simon...

Prouve-Le en résidence par Sylvain Barthélémy, professeur au collège du Vivarais

Ces controverses, elles sont venues à nous.

Une petite réunion l’an dernier, des responsables motivés et des élus, avec un projet de création théâtrale, une proposition pour nos élèves qui à ce moment-là n’étaient encore que des CM2, nos futurs sixièmes. Et un projet ambitieux, parler du complot et des théories qu’il nourrit, à des enfants. Très ambitieux. Presque trop, comme ça, de loin, devant ces gens motivés dont nous ne connaissions pas bien les noms, et loin des artistes avec lesquels nous devions collaborer et dont nous n’avions que les noms. Il n’y avait pas de trame de travail tout à fait définie, quelques jalons posés... un peu le concept du chèque en blanc, en monnaie pédagogique.

Mais allons-y, ce sera une bonne opportunité sans doute, une chance assurément. Prouve-le ? Non, on vous fait confiance, il y aura de l’improvisation, du feeling, une rencontre qui se fera, nous l’espérons. C’est ça la création, oui.

La rentrée arrive, et les CM2 sont devenus des sixièmes. 

Puis devant nos classes est venue Maïanne Barthès, les épaules de la mise en scène, artiste en chair et os, waouh. La discussion s’est engagée avec les élèves, c’était bien. Les épaules de Maïanne donc, et surtout ses pieds, bien sur terre. Les cieux éthérés et inaccessibles aux mortels peuvent nous attendre longtemps : Maïanne était là pour soutenir la gageure, l’idée du complot à portée des plus petits ; elle parlait leur langue et ils se sont compris je crois : elle leur a même donné un travail, une petite mission, du grain qu’on a pu moudre en classe en attendant la venue des comédiens deux mois plus tard. Ils étaient rentrés dans le projet, Maïanne les faisait participer au complot, ils étaient le complot.

La semaine de résidence. Lundi. Présentation de la troupe des artistes à nos troupes de collégiens : Lucie Vérot, Charlotte Ramond, Simon Alopé, et cette bonne vieille Maïanne. Excitation, regards qui se croisent, qui se baissent, ça trépigne un peu, ça s’interroge beaucoup, de l’envie réciproque. On fait le point sur le travail entamé, les complots imaginés par les élèves. On se met d’accord, puis on explique aux enfants qu’ils vont devoir incarner à présent le scénario qu’ils ont écrit. Oh ? Oui, il faut relever les manches, et au théâtre !

Le théâtre, c’est dans des salles de répétition, tous les jours ou presque de la semaine, dans des petits ateliers où on comprend que jouer, c’est aussi du travail. Dans les salles, mais dans tout le collège en fait, le collège comme un immense théâtre où se confondent les comédiens et le public. Les complots se croisent, il y a des trucs bizarres et chelous… Ça complote. 

Moi le professeur, un peu à distance, je ne me pose pas trop de questions ; les artistes semblent bien connaître leur affaire, les élèves sont contents ; on échange un peu, mais je me laisse porter – c’est très agréable-, sans trop savoir à quel vendredi cela va nous mener, parce qu’à la fin de la semaine, il y aura comme un petit spectacle, le fruit à déguster. J’ai hâte, et un peu d’appréhension.

Le vendredi après-midi. 

Tiens, des responsables motivés, des élus, et trois classes de plus de vingt élèves qui vont faire une représentation théâtrale dans une salle de gym pleine à craquer. Ah, et des journalistes... Toute une classe sur scène ? La théorie du complot ? Des gamins de 10 et 11 ans ? Quelques heures de préparation seulement ? Je me tiens toujours un peu à distance, mais j’ai de plus en plus d’appréhension. 

Et puis le spectacle. Trois nano-spectacles pour trois classes. Courts, denses, et qui fonctionnent, avec des élèves qui jouent la comédie, toute une classe qui joue et des minutes de plaisir partagé, plaisir de jouer et plaisir de regarder. C’était dans le thème, c’était adapté, ni trop ambitieux, ni facile, cuisiné humblement, vraiment, pas réchauffé : trois authentiques créations avec des sixièmes au centre du dispositif. Chapeau au quatuor des gens de théâtre qui ont encadré tout ça et qui ont réussi à donner une première conclusion à cette expérience. Leur spectacle à eux reste à venir, et nous sommes tous impatients d’aller les voir dans notre village.

Quant aux professeurs, ils sont ravis ; oui, on a eu beaucoup de chance. Merci donc à tous ceux qui ont rendu cela possible et qui ne sont pas cités ici. J’ai beaucoup apprécié la simplicité et la facilité de tout ça, en fait le professionnalisme qui a été le vôtre.

Sylvain Barthélémy, professeur de français des classes de 6A et 6B au collège du Vivarais

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